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Parents d’ado: que faire de vos peurs?

par | Mai 20, 2021 | Conseil | 0 commentaires

Lorsque l’on devient parents, on comprend assez tôt que notre enfant sera, tout comme nous, confronté dans sa vie à tout un tas de situations et de problématiques face auxquelles nos pouvoirs de parents auront leurs limites. Impuissants à le protéger de tout, beaucoup d’entre nous sommes alors totalement angoissés par les souffrances que notre enfant peut rencontrer, et nous tentons souvent de maintenir – parfois malgré nous – un contrôle renforcé sur son quotidien.

Or, comme le dit l’adage que vos proches ne se privent pas de vous rappeler à chaque difficulté : « Petits enfants, petits problèmes… Grands enfants, grands problèmes. »… 

Même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette vision pessimiste des choses, il faut bien reconnaître que si l’on s’inquiétait qu’il/elle tombe du toboggan à 3 ans ou qu’il/elle tombe d’un arbre à 8 ans, on s’en sortait au mieux avec une grosse frayeur, au pire avec un bras dans le plâtre. Les parents les plus angoissés pensent même à l’enlèvement par un pédophile ou un accident tragique, évènements qui ont objectivement (et heureusement!) nettement moins de probabilités de se produire. 

À  15 ans cependant – parfois avant – arrivent d’autres peurs : grossesse non désirée, prise de drogue ou d’alcool, harcèlement scolaire, violences sexuelles, anorexie, surexposition sur les réseaux sociaux… Toutes les peurs relatives à l’avenir de notre enfant nous prennent alors à la gorge soudainement ! Cet avenir approche désormais à grands pas et pose maintenant de manière plus concrète les questions d’orientation, de choix de métier et de réussite scolaire.

Pendant la petite enfance, beaucoup de parents exercent une grande emprise sur le quotidien de leurs enfants pour éviter tout danger. Que peut ressentir un enfant qui n’a jamais le droit de prendre le moindre risque et qui se sent contrôlé au moindre de ses mouvements ou initiatives? Manque de confiance en lui et d’estime de lui, arrêt des prises d’initiative, sentiment d’impuissance, vision négative et pessimiste du monde qui l’entoure… J’imagine que ce n’est pas du tout ce que vous vouliez pour votre enfant!

A l’adolescence, c’est nettement plus difficile pour ces parents de « contrôler » leur grand, et ce dernier ne se laisserait certainement pas faire, le propre de l’adolescence étant un mouvement de détachement. Ce dernier sera d’autant plus violent que vous tenterez de maintenir ce contrôle. Cette volonté de contrôle est avant tout liée à vos peurs.

Dans cet article, je vous invite à réfléchir à vos peurs de parents, parfois irrationnelles, parfois justifiées. Je vous propose également quelques pistes pour mieux vivre vos peurs et surtout, pour faire en sorte qu’elles n’entravent pas la relation avec votre ado.

Faire face à ses propres peurs

Si vous vous sentez débordé(e) par des angoisses face à votre enfant devenu adolescent(e), et que vous avez du mal à gérer le quotidien devenu rapport de force, je vous propose dans un premier temps de vous positionner sous le bon angle de vue et de prendre la responsabilité de vos ressentis.

Justifiées ou non, ce sont VOS peurs ! Et pour assainir votre relation avec votre ado, vous allez devoir vous y confronter et surtout, vous les réapproprier.

Commencez par tenter de comprendre d’où elles viennent : quel est votre vécu ? Quelles mauvaises expériences (pour ne pas dire « conneries ») avez-vous faites lorsque vous étiez vous-même adolescent(e) ? 

Comment avez-vous vécu cette période de votre vie et quelles difficultés avez-vous affrontées ? Si vous avez subi des choses ou au contraire, si vous en avez « fait voir de toutes les couleurs » à vos parents, comment cela s’est-il vraiment passé ? Quelles ont été les conséquences, pour vous, pour vos parents, pour votre scolarité et dans votre vie ? Vos parents ont-ils été au courant de tout ? Et comment l’ont-ils pris ? 

Autant de questions qu’il va maintenant falloir vous poser face à cet adolescent(e) qui fait miroir à votre propre expérience de cette période si particulière de la vie.

Le miroir est inconscient, et pour vous donner des exemples, si vous avez monté votre entreprise sans avoir eu votre Bac, vous serez sans doute plus cool sur les résultats scolaires de votre enfant, ou au contraire, beaucoup plus dur si vous avez vous-même rencontré d’importantes difficultés au moment de l’insertion professionnelle ! De la même façon, une maman qui a vécu une grossesse non désirée dans son adolescence aura sans doute très peur que son enfant vive la même chose.

Mais attention, si l’effet miroir fonctionne sur les réminiscences de votre propre adolescence, qu’en est-il aujourd’hui en tant qu’adulte ? Par son attitude, votre ado met-il malgré lui le doigt sur certaines de vos problématiques non résolues ou sur des comportements que vous-même adoptez ? 

Faites-vous par exemple partie de ces 10 % d’adultes qui fument au moins un joint dans l’année* ou encore de ces 13 % d’adultes qui consomment quotidiennement de l’alcool ** ?

Quel est votre rapport aux hommes et/ou aux femmes ? A l’alimentation? Une maman qui venait me voir pour sa fille hyper complexée a fini par me dire qu’elle était elle-même perpétuellement au régime et avait sans doute inculqué à sa fille l’idée selon laquelle le corps n’est jamais suffisamment beau.

S’il n’est pas évident de faire face au regard que peut poser votre enfant sur vous désormais, ni même de vous replonger dans votre adolescence qui a pu être compliquée, vous pouvez tout de même tenter de parler et de vous faire aider en tant qu’adulte si vous en ressentez le besoin.

Sans nier les dangers qu’ils encourent, les ados ont aussi besoin d’avancer en toute confiance dans la vie et de ne pas voir le monde qui les entoure comme un danger potentiel permanent. Faire un point sur vos propres peurs permettra ainsi d’aborder les sujets délicats avec votre ado plus sereinement, et donc plus efficacement, que sous l’emprise de vos émotions personnelles. 

L’effet contre-productif

Lorsque quelque chose devient un obstacle dans le bien-être de notre enfant, ou lorsque son comportement entrave le quotidien du foyer, on peut être tenté de lui répéter sans cesse ce qu’il doit faire et comment il doit le faire. On peut également vouloir lui faire peur en lui interdisant certaines choses néfastes.

Mais imaginez-vous au travail avec votre patron qui vous dit tous les matins : « Surtout, n’ouvrez pas le dossier 406 ! C’est formellement interdit ! »; « J’espère bien que vous n’avez pas ouvert le dossier 406 ? »; « Je pense que vous avez ouvert le dossier 406, est-ce le cas?» ; « Je vous préviens, si vous ouvrez le dossier , il y aura des sanctions ! »

Comment vous sentiriez-vous? N’auriez-vous pas envie de l’ouvrir, ce dossier 406 ?!

Plus vous serinerez votre ado sur un sujet, et plus vous risquez de le braquer. Plus vous lui interdirez quelque chose, et plus il sera tenté de vérifier par lui-même. Plus vous lui répéterez qu’il doit bosser ses maths, et plus il aura envie de voir ses copains à la place. Résultats : vous obtiendrez l’effet inverse de ce que vous souhaitez, et vos tentatives de contrôle seront contre-productives.

Mais alors, quelles solutions adopter pour que vos peurs de parents n’entravent pas votre relation avec votre ado ?

Miser sur la confiance éclairée

Vous ne pourrez ps éviter certaines situations, mais je suis sûre que vous préféreriez que votre ado vienne vers vous s’il se trouvait en difficulté ou en danger.

Déjà, je vous dirai que l’éducation à la prise de risque et à la confiance mutuelle commence dès le berceau (ou presque), tout comme l’éducation affective et sexuelle commence tôt avec la question du consentement par exemple (quel parent n’a pas obligé un enfant à faire un bisou à la dame alors que ce dernier n’en n’avait absolument aucune envie?!)

En somme, la confiance que vous avez bâtie entre vous et votre enfant depuis sa naissance devrait en théorie primer durant la période de son adolescence. Votre enfant doit en effet se sentir suffisamment en sécurité depuis toujours pour venir vous parler de ses problèmes. À vous de faire votre auto-critique et de réfléchir aux fondements de la confiance que vous avez établie entre vous.

Pensez-vous par exemple que votre ado se sentirait en sécurité pour vous avouer « j’ai trop bu à la fête samedi soir/j’ai fait l’amour sans préservatif/je fume des joints » ? Ou au contraire, craindrait-il un sermon, des punitions, des humiliations… des réactions de votre part qui en réalité, le conduiraient à vous dissimuler les choses ? 

Si vous sentez que la confiance n’est pas tip top entre vous et votre adolescent(e), et quelque soit votre situation, sachez qu’il n’est pas trop tard ! Nous pouvons travailler ensemble à renouer un lien de confiance fragilisé, n’hésitez pas à me contacter pour échanger sur vos problématiques.

Toutefois, si la confiance est bonne entre vous, votre ado peut malgré tout être gêné d’aborder certains sujets avec vous. Peur de vous décevoir, peur d’être rabaissé(e) à un statut d’enfant ou appréhension de ne pas être compris, il/elle peut avoir besoin d’être écouté(e) par un tiers de confiance adulte.

Catherine Dumonteil-Kremer parle des « alliés » de nos ados : il peut s’agir d’un membre de la famille, d’un entraîneur sportif, d’un parrain ou d’une marraine, d’un professeur, du parent d’un de ses amis, d’un animateur de maison des jeunes, peu importe… C’est à lui/elle de trouver, et à vous de laisser cette confiance se construire entre eux.

Et vous, quand vous étiez ado, aviez-vous un adulte à qui parler de vos soucis en dehors de vos parents ? Si oui, n’avez-vous pas trouvé dans ce lien « allié » un soutien, une écoute, des solutions à vos problèmes d’ado ?

Prendre des chemins détournés

Même s’il est difficile d’aborder certains sujets avec votre enfant, évitez tout de même de vous voiler la face sur les dangers réels que peut rencontrer votre ado. 

Appuyez-vous par exemple sur les activités au collège : des ateliers sont souvent organisés sur le harcèlement, le consentement, l’égalité des sexes, ou sur la venue de la police pour parler des drogues… N’hésitez pas alors à en profiter pour discuter avec lui/elle, en mode ressenti : Tu en as pensé quoi ? Tu ressentirais quoi toi, si un copain prenait de la drogue ? Tu ferais quoi si le copain qui doit te ramener de la fête en voiture a trop bu?

Il conviendra d’éviter au maximum les sermons qui, comme on l’a vu plus haut, seront eux aussi contre-productifs.

Autre possibilité, laissez traîner des revues, des brochures sur le sujet souhaité : un porte-revues dans les toilettes peut s’avérer très efficace pour transmettre des messages ! L’ado pourra lire la brochure de prévention en toute discrétion, sans le poids de votre jugement d’adulte.

Vous pouvez également regarder si son Youtubeur préféré aborde le sujet, certains sont très actifs sur le volet « prévention », je pense notamment à Tibo In Shape

Enfin, proposer une soirée cinéma et choisir un film qui traite du sujet qui vous préoccupe peut grandement vous aider à ouvrir le dialogue, toujours en mode ressenti (« Qu’as-tu ressenti quand le personnage secondaire agresse la serveuse ? »)

Dans tous les cas, essayez aussi de profiter des situations où êtes seul(e) avec lui/elle et en situation « côtes à côtes » (en voiture, en balade…) afin de favoriser la communication. Nul besoin de parler des sujets qui vous angoissent, ou de faire subir à votre ado un interrogatoire, mais uniquement nourrir le lien et la confiance mutuelle. 

La peur de la mort : la fin des cycles

Si nos peurs de parents ont souvent leurs raisons d’être, il existe cependant une peur qui nous habite tous  et toutes, et que l’on a souvent du mal à relier à notre vécu de parent d’ado : la peur de la mort.

L’adolescence peut être une jolie période remplie de rires et de partages constructifs, mais c’est aussi parfois une confrontation avec notre peur de vieillir et de mourir.

Nous avons alors un deuil à faire, ce peut être celui de notre petit enfant qui s’éloigne de nous, ou encore celui du syndrome du nid vide si notre grand part habiter ailleurs et ne revient plus que pour ses lessives… 

Nous avions 25 ans, il était bébé dans nos bras, nous avions 35 ans,  il grimpait aux arbres. Nous avons maintenant 40 ans ou plus, quelques cheveux blancs, quelques rides, un couple plan plan et le voilà dans la splendeur de ses 15 ans, ado qui vit ses premières amours passionnées ! Ça fout un coup, c’est sûr ! Et finalement, alors qu’il vit sa « crise d’ado », ne vivons-nous pas notre « crise de la quarantaine » ? Laquelle, je le rappelle, n’a pas nécessairement lieu à 40 ans pile mais peut s’étaler entre 35 et 45 ans, avant d’enchaîner avec la crise de la cinquantaine !

En conclusion, plutôt que de projeter vos peurs de parents sur votre enfant devenu adolescent(e), prenez-vous en charge et voyez aussi le côté positif des choses : vous avez aussi plus de temps libre pour faire ce que vous avez laissé de côté depuis longtemps, vous pouvez prendre du temps pour votre couple, sortir plus tard le soir car votre ado peut se garder maintenant tout seul… Montrer un exemple d’adulte épanoui et lui montrer que vous lui faites confiance peuvent même avoir des effets incroyablement positifs et insoupçonnés !

Si vous avez des difficultés à affronter vos peurs de parents face à votre enfant qui vit désormais son adolescence ou s’apprête à la vivre, je vous accompagne dans cette période si particulière, et je vous aide à conserver ou à rétablir le lien de confiance qui vous unit pour mieux traverser cette étape de vie.

En juin, je propose une série d’ateliers dédiée aux parents d’ado. N’hésitez pas à me contacter et à consulter mes accompagnements ICI.

Sources :

* Parution Le Parisien, 26/11/2018 ; ** Course Santé publique France

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Jolivet Martin Mathilde

Je suis Mathilde, psychopraticienne relaxologue et accompagnante parentale. Je t’accompagne vers plus de sérénité dans ta parentalité.

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